Pourquoi L'affaire Pegasus Refuse De Mourir Cinq Ans Après Les Révélations

Pourquoi L'affaire Pegasus Refuse De Mourir Cinq Ans Après Les Révélations

On pensait avoir tout lu sur le logiciel espion de l'entreprise israélienne NSO Group. Pourtant, l'actualité nous prouve le contraire. Cinq ans après le séisme planétaire provoqué par le Projet Pegasus en juillet 2021, la justice française s'accroche à un dossier qui ressemble de plus en plus à un thriller géopolitique sans fin. Entre nouvelles révélations d'un agent infiltré, revers judiciaires majeurs pour les pays accusés d'espionnage et confirmations accablantes au sommet de l'État français, l'enquête parisienne reprend un second souffle inattendu.

La réalité dépasse aujourd'hui la fiction. Derrière les portes closes des cabinets des juges d'instruction, l'affaire s'est transformée en une lente bataille d'usure. Pour les victimes, dont des dizaines de journalistes et de hauts responsables politiques, l'attente est longue. Mais les digues commencent à céder.


Le dossier français s'alourdit avec le cas de Florence Parly

Pendant longtemps, le gouvernement français a joué la carte de la discrétion diplomatique absolue. Devant les micros, on éludait. En coulisses, la colère grondait. Nous savons désormais de source judiciaire que Florence Parly, qui occupait le poste de ministre des Armées au moment des faits, a été personnellement ciblée par Pegasus. L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) et la DGSI ont formellement identifié les traces d'infection sur son appareil.

Elle n'est pas un cas isolé. Le juge d'instruction parisien en charge du dossier a envoyé des avis officiels à plusieurs autres anciens ministres. Jean-Michel Blanquer, Sébastien Lecornu, Julien Denormandie ou encore Emmanuelle Wargon figurent tous sur la liste des cibles avérées. Même le téléphone portable d'Emmanuel Macron avait été repéré dans les bases de données des cibles potentielles du Maroc, forçant l'Élysée à revoir de fond en comble sa sécurité informatique à l'époque.

Cette confirmation officielle montre que la souveraineté technologique de la France a été bafouée au plus haut niveau. L'enquête judiciaire ouverte à Paris en juillet 2021, puis confiée à un juge d'instruction un an plus tard, n'est pas une simple formalité bureaucratique. Elle tente de remonter le fil d'une intrusion d'État massive.


Les aveux de Safir changent complètement la donne

Le grand tournant de cet été 2026 vient d'une fuite inédite au sein même des services de renseignement marocains. Un ancien agent de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST), s'exprimant sous le pseudonyme de Safir, a rompu le silence après presque dix ans de service. Ses déclarations, recueillies par le consortium Forbidden Stories (dont font partie Le Monde et le Guardian), apportent des preuves concrètes là où le Maroc niait tout en bloc depuis des années.

Safir décrit un fonctionnement interne hyper structuré, dédié au ciblage de profils d'intérêt majeur en France, en Espagne et sur le sol marocain. Plus étonnant encore, le lanceur d'alerte révèle les coulisses financières de cette surveillance. Selon lui, le système Pegasus, dont les licences coûtent une fortune, aurait été financé ou offert par les Émirats arabes unis.

« C'est un peu comme un compte Netflix partagé. Un pays ami paie l'abonnement très cher, et il distribue les accès à ses partenaires fidèles. »

Cette comparaison un peu triviale illustre pourtant parfaitement l'économie souterraine de la cybersurveillance étatique. Elle montre que le marché de l'espionnage ne répond à aucune règle éthique classique. Les technologies circulent au gré des alliances régionales.


Le camouflet de la justice allemande face aux tentatives de censure

Pour tenter de faire taire les révélations, le Maroc avait lancé une vaste offensive judiciaire en Europe, multipliant les procès en diffamation contre les médias ayant publié les enquêtes du Projet Pegasus. Cette stratégie de harcèlement, souvent qualifiée de procédure-bâillon, vient de se heurter à un mur juridique infranchissable.

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En février 2026, la Cour fédérale de justice allemande a rendu un arrêt historique dans l'affaire opposant le royaume du Maroc au média Zeit Online. Les juges allemands ont tranché de manière limpide : un État étranger ne dispose pas d'un "droit général de la personnalité" lui permettant de poursuivre un média pour atteinte à sa réputation ou à son honneur.

Cette décision constitue une victoire éclatante pour la liberté de la presse. Elle empêche les régimes autoritaires d'utiliser les tribunaux des démocraties occidentales pour étouffer le travail d'investigation des journalistes. Elle crée un précédent juridique solide qui devrait inspirer les tribunaux français, eux aussi encombrés par les plaintes répétées de Rabat.


Comment se protéger face à la menace des attaques zero-click

Si vous pensez que cela n'arrive qu'aux autres ou aux ministres, détrompez-vous. La spécificité technique de Pegasus réside dans sa capacité à infecter un smartphone sans aucune interaction de l'utilisateur. C'est ce qu'on appelle une attaque "zero-click". Pas besoin de cliquer sur un lien suspect dans un SMS ou de télécharger une pièce jointe étrange. Le simple fait de recevoir un message WhatsApp ou un appel silencieux suffit à ouvrir la porte de votre vie privée.

Une fois installé, le logiciel a un accès total à l'appareil :

  • Lecture de vos messages chiffrés sur Signal, WhatsApp ou Telegram.
  • Activation du micro et de la caméra à distance pour écouter vos conversations physiques.
  • Vol de vos photos, vidéos, historiques de navigation et coordonnées de géolocalisation.
  • Accès à tous vos mots de passe saisis au clavier.

Pour les professionnels de l'information, les avocats ou les militants, la vigilance doit être quotidienne.

Adopter des réflexes de cyberhygiène essentiels

La protection absolue n'existe pas face à des outils d'une telle puissance, mais vous pouvez grandement compliquer la tâche des attaquants.

Redémarrez votre smartphone tous les jours. Cela paraît trop simple pour être vrai, mais la plupart des infections zero-click s'exécutent dans la mémoire temporaire de l'appareil. Un redémarrage régulier force le logiciel malveillant à tenter une nouvelle phase d'infection, ce qui augmente ses chances d'être repéré par les systèmes de sécurité.

Activez systématiquement le "Mode de protection maximale" (Lockdown Mode) si vous utilisez un iPhone. Cette fonctionnalité d'Apple restreint drastieusement les fonctions du téléphone susceptibles d'être exploitées par des logiciels espions, comme les aperçus de messages ou l'exécution de certains scripts web complexes.

Utilisez des outils d'analyse ou demandez l'aide d'organisations spécialisées comme le Security Lab d'Amnesty International si vous suspectez une surveillance ciblée. Ils possèdent les protocoles nécessaires pour détecter les traces microscopiques laissées par Pegasus lors de sa phase d'installation.

JW

Julian Watson

Julian Watson is an award-winning writer whose work has appeared in leading publications. Specializes in data-driven journalism and investigative reporting.